1. De la Renaissance au XVIe siècle
Les plus anciennes tentatives connues d’une représentation écrite du mouvement dansé
remontent au XVe siècle, comme le manuscrit de Cervera. Conçues pour faciliter la
transmission, elles inscrivent la danse dans le champ des pratiques sociales des élites
européennes. Elles participent de la codification du comportement et de la notion de
« civilité ».
2. Entre écriture et géométrie
Les débuts du « ballet de cour » sont placés sous le signe de la géométrie. La disposition
des courtisans-danseurs vise à faire apparaître des figures symboliques sur le sol. Mais
à partir de 1641, la scène « à l’italienne » ordonne désormais le regard en fonction de
l’axe de la perspective : les figures chorégraphiques investissent la profondeur spatiale.
Si aucun nouveau système de notation ne voit le jour pendant cette période, ces
transformations dans la conception de la danse et de l’espace théâtral préparent
l’apparition de nouvelles notations à la fin du XVIIe siècle.
3. Épanouissement et déclin de l’écriture Feuillet au XVIIIe siècle
Au sein de l’Académie royale de danse fondée par Louis XIV en 1661, plusieurs maîtres
à danser, dont Pierre Beauchamps, oeuvrent, dans les dernières décennies du XVIIe siècle,
à unifier et codifier le vocabulaire et les règles de la danse française.L’un des aboutissements
de cette recherche est la publication, en 1700, de Chorégraphie ou l’Art de décrire la
danse, par caractères, figures et signes démonstratifs, un traité de notation signé par
Raoul Auger Feuillet.Témoignant d’une capacité d’analyse du mouvement sans précédent,
Feuillet progresse du simple au complexe, selon une méthode de pensée héritée de celle
de René Descartes.
4. La mesure du mouvement au XIXe siècle
Quatre grandes écoles de danse classique, issues des maîtres à danser français du
XVIIIe siècle, dominent le XIXe siècle.Toutes se préoccupent de notation pour fixer la
technique et le répertoire en cours d’élaboration. Carlo Blasis oeuvre au sein de l’école
italienne, Arthur Saint-Léon dans le cadre de l’école française, Antoine Bournonville
dans celui de l’école danoise et Vladimir Stepanov au sein de l’école russe. C’est dans
ce contexte que se profile, dans les dernières décennies du siècle, la possibilité d’une
notation émancipée des critères de style. Stepanov pose la première pierre d’un système
capable de transcrire tous les mouvements, qu’ils soient dansés ou non. À partir des
années 1880, l’apparition de nouveaux types d’images, photographiques notamment,
amorce un bouleversement de la perception du mouvement et du temps.
5.Vers de nouveaux registres de captation
La conscience toujours plus aiguë de la complexité des phénomènes moteurs est un
trait commun aux diverses notations nées au XXe siècle, jusqu’à leurs ramifications
informatiques et numériques actuelles. Les quatre principaux systèmes ont acheminé
des modes de symbolisation différents : musical chez Conté (1931), pictographique
chez Benesh (1955), abstrait chez Laban (1928) ou Eshkol-Wachman (1958).
Cependant, tous se sont dotés d’outils évolutifs pour détailler, non seulement le dessin
du mouvement dans le temps et dans l’espace, mais aussi ses paramètres et qualités
sous-jacents.
La danse s'écrit, la danse se note !
NOTER LA DANSE, POURQUOI ?
1. Un aide-mémoire pour les chorégraphes
Bien des chorégraphes éprouvent le besoin de prendre des notes durant le processus de
création pour mémoriser l’évolution de leur travail. Ne maîtrisant pas toujours un système
de notation, ils développent alors des « écritures » moins techniques qu’ils sont seuls à
comprendre et qui leur permettent de ne pas perdre la trace de certaines séquences des
chorégraphies.
2. Au service des oeuvres
Durant la création, certains chorégraphes choisissent d’avoir recours à de véritables
systèmes de notations pour disposer d’une saisie fiable et précise des mouvements.
L’usage de deux d’entre eux s’est répandu à l’échelle internationale.
3. Faire vivre les répertoires
Noter une chorégraphie permet d’en garder la mémoire, de créer une « littérature » de
la danse.Partitions à l’appui, des oeuvres du passé, notées lors de leur création, renaissent
de leurs cendres au XXe siècle.
4. Diffuser des danses de société
La notation ne sert pas seulement à garder trace d’oeuvres chorégraphiques. Elle se
révèle également très utile dans la pratique amateur et collective des danses de société.
Pour bien danser ensemble, il faut avoir assimilé les mêmes règles, et le détour par l’écrit
est alors précieux. Depuis des siècles, les manuels d’apprentissage regorgent d’essais de
transcription du mouvement aussi variés que les danses qu’ils évoquent.
5. Au-delà de la danse
Avec la notation, il est possible de consigner tout type de mouvement humain. Certains
metteurs en scène y ont notamment recours. Elle est aussi un outil essentiel dans
différentes disciplines comme l’ergonomie, la kinésithérapie et plus particulièrement
l’anthropologie.
6. Apprendre à apprendre
Noter implique d'observer, d'analyser, de se référer à un « discours objectif », autant de
compétences utiles pour les danseurs. Elles changent leur approche de l’apprentissage
de la danse, en leur permettant, entre autres, de s’émanciper d’un maître. Les enfants
s’approprient eux aussi très rapidement les principes de l’analyse du mouvement liés à
la notation et développent alors un autre rapport à leur mobilité.
7. La partition comme oeuvre
À la fin du XIXe siècle, des artistes, comme Degas, Rodin ou Bourdelle, se sont tout
particulièrement intéressés au mouvement. Au cours du XXe siècle, certains iront même
jusqu’à « danser leur peinture » comme Jackson Pollock. Des chorégraphes, tout
particulièrement dans les années 1960, s’inspireront de ces démarches pour produire
des oeuvres chorégraphiques, impliquant les arts visuels.